Un personnage qui ne peut nous laisser indifférent.
Son
Éminence le cardinal Paul-Émile Léger c’était à l’époque la façon d’interpeller
celui qui était archevêque de Montréal. Léger est décédé le 13 novembre 1991 il
y a vingt cinq ans. Une cérémonie commémorative en son honneur a eu lieu le 13
novembre dernier à la Cathédrale
Marie Reine du Monde.
De rappeler le décès de ce personnage m’a rappelé des souvenirs de cet homme qui a marqué la vie d’un grand nombre de familles québécoises et qui sur un plan plus personnel m’a aussi marqué.
De rappeler le décès de ce personnage m’a rappelé des souvenirs de cet homme qui a marqué la vie d’un grand nombre de familles québécoises et qui sur un plan plus personnel m’a aussi marqué.
Une leçon d’humilité pour la ville
de Québec
Je n’avais que dix ans quand Léger qui était alors archevêque du diocèse de Montréal fut nommé cardinal. Je demeurais à l’époque à Québec et je me souviens que le tout Québec était un peu sous le choc de voir un évêque de Montréal accéder à ce haut poste de l’Église romaine. Pour des considérations historiques les citoyens de la ville de Québec croyaient tous que la fonction revenait de droit à Monseigneur Maurice Roy qui était alors l’évêque du diocèse de Québec. La compétition entre la ville de Québec et de Montréal ne date pas que de la période Nordiques / Canadiens, elle existait aussi en 1952. À l’époque il n’y avait que deux cardinaux au Canada l’un à Québec, le plus vieux diocèse canadien et l’autre à Toronto. Tout le monde s’attendait que celui qui remplacerait le cardinal Rodrigue Villeneuve, décédé en 1947 serait monseigneur Roy. Roy sera nommé cardinal à son tour en 1965.
« Montréal,
ô ma ville… »
Plusieurs
dizaines de milliers de personnes se sont présentés par temps froid en ce 29 janvier 1953 à la
gare Windsor afin d’accueillir celui qui sera dorénavant connu à titre du
premier cardinal représentant le diocèse de Montréal. Natif de Saint- Anicet,
Léger connaissait mal le sens de
l’humilité et en voyant la foule et tout vêtu de
rouge, Léger prononce alors ces paroles qui resteront
célèbres : «Montréal, ô ma ville, tu as voulu te faire belle pour recevoir ton
prince!» Effectivement il fut reçu comme
un prince et les montréalais étaient en délire, ils venaient d’en gagner une
sur la ville de Québec.
Son éminence
ne se gênait pas à s’identifier comme un
prince, tout spécialement comme prince de l’Église et de son Pape, mais ce
qu’il ne savait pas c’est que l’on s’apprêtait bientôt à mettre fin de cette tradition.
L’Église
catholique romaine avait encore dans les
années 50 un protocole voir une
étiquette qui lui était propre et un respect sans bornes des titres et de l’hiérarchie.
Les cardinaux par un décret portaient le titre de Prince de l’église.
Léger
semblait adhérer grandement au principe que «plus le
prestige du Sacré Collège sera élevé dans l'estimation générale, plus sera
grand l'honneur rendu au Souverain Pontife et au Sacré Collège», Résider dans
un appartement ne correspondait et ne suffisait plus au rang du personnage. Le
palais épiscopal devait aussi afficher les armoiries cardinalesques au dessus de la porte d’entrée qui devait
donner accès à la salle du trône en prévision d’une visite éventuelle du pape.
Il était alors aussi convenu que les cardinaux devaient aussi avoir préséance
sur tous à l’exception des Souverains et des Princes héréditaires. De
plus les vêtements d’apparat de couleur rouge étaient de rigueur et faisaient
aussi partie du cérémoniale, incluant la traîne cardinalice de 12 mètres qui fut réduit
à 8 mètres
par le bon pape Pie XII. Heureusement, c’est à l’occasion du Concile Vatican II
(1962-1965) que furent abolies ces pratiques instituées sous le pontificat de
Pie XI.
La photo d’un
gamin
Quelques jours plus tard, suivant son retour à Montréal,
le cardinal de rend à
la Vieille capitale rencontrer
monseigneur Roy. Bien qu’encore déçu les québécois l’accueilleront avec respect. Tel que l’exigeait à
l’époque le protocole et
come Duplessis aimait le nommer
« Le pot-à-colle » le cardinal avait droit à une rencontre avec le
Lieutenant-gouverneur du Québec.
Contrairement aux habitudes cette rencontre s’est faite à la résidence
officielle de celui-ci, le Bois de Coulonge et non à ses bureaux au parlement. Vous
pouvez vous douter que l’enfant de dix ans que j’étais vivait un certain
émerveillement de savoir que ce Prince de l’Église était dans le salon à causer
avec le représentant de la reine non
encore couronnée Élizabeth ll. J’ai voulu à l’aide de ma caméra brownie de Kodak
perpétué le moment à la sortie de ces
deux vénérables religieux. Admettons que c’était le seul endroit que je pouvais
me trouver sans nécessairement avoir le droit d’importuner ces distingués visiteurs et encore moins
jouer au photographe.
J’ai
ensuite envoyé une lettre à ces deux personnalités accompagnée de cette photo
en noir et blanc. Plus tard j’ai reçu des deux une photo du genre plus
officielle et je me souviens fort bien
que celle du cardinal était de loin la plus guindée. Je n’ai malheureusement
plus ces photos. Serait-ce que le gamin qui a pris la photo avait raison de
croire que cette photo méritait d’avantage une place dans son album photo
pendant soixante quatre ans?
Jorge Mario Bergoglio
Si le
Concile Vatican II (1962-65) a allégé et dépoussiéré certains aspects de la
culture et des habitudes du clergé il nous faut conclure que le Vatican est
quelque peu lent dans sa poursuite de rendre l’Église plus ouverte et moderne
et démocratique. L’image du Pape Benoit XVI, en dit long, alors qu’il est assis
sur son trône, avec les vêtements d’apparat et sa croix en or. Quant à lui le
bon pape François prône la simplicité, son fauteuil de bois, ses souliers noirs
et sa croix de métal. Benoit demeurait dans sa suite papale au Vatican alors
que Benoit demeure dans un couvent. Il
nous faudra quelques autres papes de la
trempe de Jorge Mario Bergoglio avant de
voir le changement souhaité. On ne peut espérer qu’une institution vieille de
deux mille ans puisse changer à l’intérieur du mandat d’un seul pape.
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| Le cardinal Paul-Émile Leger et Monseigneur Maurice Roy quittent le Bois de Coulonge résidence du Lieutenant-gouverneur |
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| Benoit XVll et François Vive la différence. |


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