mardi 15 novembre 2016

Un personnage qui ne peut nous laisser indifférent.




Un personnage qui ne peut nous laisser indifférent.

  

Son Éminence le cardinal Paul-Émile Léger c’était à l’époque la façon d’interpeller celui qui était archevêque de Montréal. Léger est décédé le 13 novembre 1991 il y a vingt cinq ans. Une cérémonie commémorative en son honneur a eu lieu le 13 novembre dernier à la  Cathédrale Marie Reine du Monde.
De rappeler le décès de ce personnage  m’a rappelé des souvenirs de cet homme  qui a marqué la vie  d’un grand nombre de familles québécoises et qui sur un plan plus personnel m’a  aussi marqué.

Une leçon d’humilité pour la ville de Québec


Je n’avais que dix ans quand Léger qui était alors archevêque du diocèse de Montréal fut nommé cardinal. Je demeurais  à l’époque  à Québec et je me souviens que  le tout Québec était un peu sous le choc de voir un évêque  de Montréal  accéder à ce haut poste de l’Église romaine. Pour des considérations historiques les citoyens de la ville de Québec croyaient tous que la fonction revenait  de droit à Monseigneur Maurice Roy qui était alors l’évêque du diocèse de Québec. La compétition entre la ville de Québec et de Montréal ne date pas que de la période Nordiques / Canadiens,  elle existait aussi en 1952. À l’époque il n’y avait que deux cardinaux au Canada l’un à Québec, le plus vieux diocèse canadien et l’autre à Toronto.  Tout le monde s’attendait que celui qui remplacerait  le cardinal Rodrigue Villeneuve, décédé en 1947 serait monseigneur Roy. Roy sera nommé cardinal à son tour en 1965.


« Montréal, ô ma ville… »

Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont présentés  par temps froid en ce 29 janvier 1953 à la gare Windsor afin d’accueillir celui qui sera dorénavant connu à titre du premier cardinal représentant le diocèse de Montréal. Natif de Saint- Anicet, Léger  connaissait mal le sens de l’humilité  et en voyant la foule et tout vêtu de rouge, Léger prononce alors ces paroles qui resteront célèbres : «Montréal, ô ma ville, tu as voulu te faire belle pour recevoir ton prince!»  Effectivement il fut reçu comme un prince et les montréalais étaient en délire, ils venaient d’en gagner une sur la ville de  Québec.

Quand les cardinaux étaient des Princes de l'Église

Son éminence ne se gênait  pas à s’identifier comme un prince, tout spécialement comme prince de l’Église et de son Pape, mais ce qu’il ne savait pas c’est que l’on s’apprêtait bientôt  à mettre fin de cette tradition.
L’Église catholique romaine  avait encore dans les années 50  un protocole voir une étiquette qui lui était propre et un respect sans bornes des titres et de l’hiérarchie. Les cardinaux par un décret portaient le titre de Prince de l’église.
Léger semblait adhérer grandement au principe que «plus le prestige du Sacré Collège sera élevé dans l'estimation générale, plus sera grand l'honneur rendu au Souverain Pontife et au Sacré Collège», Résider dans un appartement ne correspondait et ne suffisait plus au rang du personnage. Le palais épiscopal devait aussi afficher les armoiries cardinalesques  au dessus de la porte d’entrée qui devait donner accès à la salle du trône en prévision d’une visite éventuelle du pape. Il était alors aussi convenu que les cardinaux devaient aussi avoir préséance sur  tous à l’exception des  Souverains et des Princes héréditaires. De plus les vêtements d’apparat de couleur rouge étaient de rigueur et faisaient aussi partie du cérémoniale, incluant la traîne cardinalice de 12 mètres qui fut réduit à 8 mètres par le bon pape Pie XII. Heureusement, c’est à l’occasion du Concile Vatican II (1962-1965) que furent abolies ces pratiques instituées sous le pontificat de Pie XI.

La photo d’un gamin

Quelques jours plus tard, suivant son retour à Montréal, le cardinal de rend à la Vieille capitale  rencontrer monseigneur Roy. Bien qu’encore déçu les québécois l’accueilleront avec respect. Tel que l’exigeait à l’époque le protocole et come Duplessis  aimait le nommer « Le pot-à-colle » le cardinal avait droit à une rencontre avec le Lieutenant-gouverneur du Québec.  Contrairement aux habitudes cette rencontre s’est faite à la résidence officielle de celui-ci, le Bois de Coulonge et non à ses bureaux au parlement. Vous pouvez vous douter que l’enfant de dix ans que j’étais vivait un certain émerveillement de savoir que ce Prince de l’Église était dans le salon à causer avec le représentant de  la reine non encore couronnée Élizabeth ll. J’ai voulu à l’aide de ma caméra brownie de Kodak perpétué le moment  à la sortie de ces deux vénérables religieux. Admettons que c’était le seul endroit que je pouvais me trouver sans nécessairement avoir le droit d’importuner  ces distingués visiteurs et encore moins jouer au photographe.
J’ai ensuite envoyé une lettre à ces deux personnalités accompagnée de cette photo en noir et blanc. Plus tard j’ai reçu des deux une photo du genre plus officielle  et je me souviens fort bien que celle du cardinal était de loin la plus guindée. Je n’ai malheureusement plus ces photos. Serait-ce que le gamin qui a pris la photo avait raison de croire que cette photo méritait d’avantage une place dans son album photo pendant soixante quatre  ans?

Jorge Mario Bergoglio



Si le Concile Vatican II (1962-65) a allégé et dépoussiéré certains aspects de la culture et des habitudes du clergé il nous faut conclure que le Vatican est quelque peu lent dans sa poursuite de rendre l’Église plus ouverte et moderne et démocratique. L’image du Pape Benoit XVI, en dit long, alors qu’il est assis sur son trône, avec les vêtements d’apparat et sa croix en or. Quant à lui le bon pape François prône la simplicité, son fauteuil de bois, ses souliers noirs et sa croix de métal. Benoit demeurait dans sa suite papale au Vatican alors que Benoit demeure dans un couvent.   Il nous faudra quelques autres  papes de la trempe de  Jorge Mario Bergoglio avant de voir le changement souhaité. On ne peut espérer qu’une institution vieille de deux mille ans puisse changer à l’intérieur du mandat  d’un seul pape.


Le cardinal Paul-Émile Leger
et Monseigneur Maurice Roy quittent
le Bois de Coulonge
résidence du Lieutenant-gouverneur
Benoit XVll  et François
Vive la différence.

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